La Place du Champ de Foire

La foire de Nieul de l’avis des spécialistes était une des plus importantes de la Vendée. On peut rappeler qu’un journal du 3 février 1869 qualifie la foire de cette commune de « foire remarquable par son affluence de curieux et de bestiaux » et annonce que « les foires de cette commune promettent d’être excellentes ».

Après la guerre de 1870, qui n’avait guère affecté la région, la municipalité demanda la création de 6 foires supplémentaires qui se tiendraient le troisième samedi de mai à août, d’octobre et décembre. Accordées par le Conseil Général le 22 août 1873, ses 12 foires et ses marchés hebdomadaires donnaient à Nieul l’allure d’un gros bourg rural.

En 1880, le conseil demanda que les foires aient lieu le 23 de chaque mois sauf les dimanches pour lesquels il fallait demander l’autorisation de les tenir le jour précédent.

Voilà comment est née et s’est développée cette grande institution nieulaise dont la commune tirait fierté et dont la renommée dépassait les limites du département.

Quel remue-ménage, ces foires d’antan ! Deux jours avant, les fermiers amenaient leurs bœufs et vaches attachés par la tête au derrière d’une charrette pour les peser à la bascule municipale. Il fallait parfois faire plusieurs kilomètres afin d’arriver au foirail. Ce sont de véritables troupeaux qui avançaient vers le bourg à certaines foires de printemps et d’automne, avec plus de cinq cents animaux (bœufs, vaches, moutons et quelques chevaux).

Les marchands acquéreurs arrivaient la veille, couchaient dans les hôtels et, dès le matin remarquaient les bêtes qui leur convenaient. Les transactions commençaient, la discussion sur le prix s’engageait autour de l’animal attaché aux barres métalliques prévues à cet effet. La négociation pouvait durer, mais une fois d’accord, l’acheteur et le vendeur se tapaient la main, ce qui valait un engagement des deux parties.

La foire se complétait avec les fermières venues vendre leurs poulets, lapins, canards, pigeons. Il y en avait partout, autour de l’église, puis à côté de la poste. Pour présenter toute cette volaille, elles devaient payer un droit de place. Elles en profitaient pour vendre du beurre et des œufs. Le marché aux petits cochons était localisé rue de la Poste. Plus d’une vingtaine de cages, où dormaient dans la paille une belle grouée de petits gorets.

La commune était animée ces jours-ci. Les jeunes venaient pour se promener et danser le soir dans un bistrot. Pas d’orchestre à cette époque, mais les garçons et les filles s’amusaient bien, préparant ainsi de futurs mariés.

C’est ainsi que Nieul s’est fait connaître depuis la première guerre mondiale comme un important marché aux bœufs de labour. En août 1940, en pleine guerre, 120 paires de bœufs cherchaient un acheteur à Nieul. Certaines paires âgées de trois ans s’étaient vendues 10 000 francs. D’autres de cinq ans, 15 000 francs. C’est dire l’importance du commerce développé.

Plus récemment, dans les années soixante, Nieul est toujours considéré comme un grand rendez-vous pour éleveurs et marchands de quatre départements : Loire-Atlantique, Maine-et-Loire, Deux-Sèvres et Vendée. Le nombre de bêtes amenées sur le champ de foire a progressé jusqu’en 1974, année dans laquelle il atteint 4 365 têtes de bétail. En février 1976, 520 pièces de bêtes occupent le foirail, dont 350 bovins d’embouche et 110 vaches amouillantes. Malheureusement, en février 1985, le nombre tombe sous les 300 puis s’approche des 100 en 1988. Il fut alors décidé de mettre un terme à ce rassemblement commercial qui, pendant des années, a été extraordinaire et couru à des dizaines de kilomètres à la ronde.